
Déjà, vous aurez peut être compris (pour ceux qui suivent ) que je ne ressens plus le dépaysement culturel que j'ai tant aimé lors de mon premier voyage, surtout dans le sud du cône sud où les repères européens sont omniprésents.
Ces repères existent aussi au brésil, comme dans la plupart des pays émergents. Un pays émergent se caractérise, pour moi, par une classe moyenne importante ayant un pouvoir d'achat suffisant pour devenir propriétaire de son appartement et de sa voiture, s'offrir quelques voyages et tous les signes extérieurs de richesse que peut arborer n'importe quelle classe moyenne européenne. A celle-ci, s'ajoute une minorité riche, et bien sur de partout des signes de grande pauvreté qui impliquent un nombre de SDF considérable et des quartiers délaissés où la misère engendre son lot de délinquence et de trafic en tout genre: les Favelas.
A Rio, les Favelas regroupent 30% de la population, et sachez que, pour que les JO de 2016 se déroulent sans accrocs, il faudra que les dirigeants passent d'importants deals avec les représentants des différents quartiers chauds. Pour ma part, j'ai pu sentir la tension permanente des policiers, lorsque nous nous sommes fait braquer, avec 2 compères de soirée dans notre taxi, qui avait eu le malheur de garder ses pleins phares face à 2 agents en faction.
Ceci dit, ça serait stupide de résumer le Brésil à ça.
En fait, j'ai adoré Rio, que ce soit sur le plan esthétique ou culturel. Cette énorme ville est très agréable à vivre entre les plages mythiques de Copacabana, Ipanema ou Leblon et les reliefs très verts et très beaux (exemple du Christ rédompteur sur le Corcovado) qui divisent Rio en plusieurs quartiers, marqués chacun d'une identité forte et souvent attachante.
En fait, Rio c'est un peu comme vous vous l'imaginez, mais en mieux !
Les plages sont parfaites. Vous y trouvez un mélange très subtile de beach soccer et de strings, de sable fin et de strings, et tout cela mélangé à cette ambiance placée sous le signe du.... string!!! Oui, les brésiliens ne sont pas pudiques et se foutent pas mal du regard des autres. Au point que, lorsque vous pliez vos gaules (sans jeu de mots) et que vous vous engouffrez dans la ville, vous croiserez vos voisins de serviette qui ne démontreront pas la moindre gène à marcher dans la rue, dans les commerces ou dans les bus avec pour seul habit, un magnifique slip de bain. En vous pointant à Rio, ne soyez donc pas étonnés de traverser les clous aux cotés d'un Mitch Bukenhan brésilien ou d'une jolie métisse pour laquelle l'intimité ne tient qu' à un fil...
Je n'ai pas écrit métisse au hasard, c'est pour ma tansition. Car si on parle du Brésil, il faut forcément parler de métissage. Les brésiliens sont les descendants de tous les peuples du monde. Les européens ont massivement migré au Brésil à l'image des italiens à la fin du XIXème et début du XXème, pour former la plus grosse population d' « oriundis » (descendants italiens) hors Italie. Les asiatiques, menés par les japonais ont eux aussi été attirés par le sud du Brésil. Enfin, la politique eclavagiste des conquistadors explique les racine africaines très prodondément ancrées dans les contraits tropicales du nord du pays.
Toutes ces vagues d'immigration ont donné lieu à des mélanges culturels et physiques souvent très réussis qui plairont à coup sur aux amateurs de sucré-salé.
Je ne fais pas là d'allusion à la gastronomie qui pour le coup ne se démarque pas ou peu des pays voisins. On retrouve beaucoup de riz, de flageolets et de viande, sans fioritures au niveau de la préparation, meme si la viande est souvent bonne, surtout au sud.
Pour ce qui est de mon expérience brésilienne, je commencerais par dire que j'ai fait la fête... Oui je sais bien, vous en attendiez pas moins de moi, malgré mes grands discours de voyageur au long court, dégouté de la pollution touristique organisée involontairement ou pas par les guides de voyage. Mais que voulez vous, on ne se refait pas, et puis aller au Brésil sans faire la fête, c'est un peu comme aller aux toilettes sans au moins faire un petit pipi ! Et puis, il faut bien dire que l'aventure n'a pas sa place sur les plages cette longue et magnifique cote.
D'autre part, est ce que l'un d'entre vous connaît un meilleur moyen pour rencontrer du monde ? Moi, je n'en connais pas, et en tout cas ma méthode fonctionne, puisque de Rio, je prendrai un bus pour me rendre 6 heures plus au nord, à Vitoria, où j'ai été invité à passer le week-end chez Vagner et Eldon, 2 vitoriens rencontrés à Rio. Vitoria est une jolie ville non touristique de 300 000 habitants reliée à la terre ferme par un pont, et à l'anatomie proche de Rio : un petit Rio quoi !
Moi, je ne dis jamais non, et encore moins à ce genre d'invitation. On peut dire que j'ai été bien reçu, et que le we a été bien rempli (et moi aussi). Tout a commencé le vendredi soir, où nous nous sommes rendus à des festivités organisées en l'honneur du 458ème anniversaire de la ville (la 2ème plus vieille du pays), sur le terrain de foot d'une favelas !
A l'échelle de Vitoria, une favelas est un quartier trés populaire, bien moins chaud qu'à Rio, mais une favelas quand meme.
Concert de samba, arrosé de bière et de bonne humeur, sur ce stade où tous types de gens se sont cotoyés, ont dansé ensemble et ont rigolé, laissant les différences et les préjugés au vestiaire.
On me présente un homme d'une 60aine d'années, en m'expliquant que c'est un « politique » du quartier qui est à l'origine de l'évènement :
- « Français ? »
- « oui »
Il se retourne et sa fille, Gisèle, 30 ans, 1m80 apparaît en m'adressant un « salut, tu vas bien ? ». Elle m'explique qu'elle rentre de 5 mois en France, et que son père aimerait bien que l'on monte tous les deux sur scène pour que je fasse un discours (étant le seul étranger dans la foule) qui sera traduit par elle !!! AhAh !!! Comment dire non à cette superbe proposition ?? Et bien en disant non, tout simplement !
Il n'y ni photos, ni vidéos de cette soirée, mais je pense que dans ma situation, peu d'entre vous auraient dit oui.
La soirée se prolongea jusqu'au petit matin, non sans avoir passé une heure magique dans une station essence avec des jeunes du coin qui avaient décidé que c'était un bon endroit pour faire la fete ! Grandiose !...
La suite du we est une succession de rencontres de potes d'autres potes, autour de barbecues et d'apéros chez les uns et les autres.
Bien sur, il y aura l'inévitable passage par la plage très... Brésilienne( !), et par les point de vue les plus remarquables de la ville.
Donc beaucoup d'apéros, mais surtout beaucoup de rencontres et de moments qui surclassent de loin un « instant Nutella ».
Je résume pour arriver au dimanche soir qui marquera la fin du we de la plus belle des manières. On m'a emmené à la soirée d'une sorte d'amicale ou d'association de quartier de samba. Sous cette présentation un peu bateau (et surtout pasprécise) se cache un petit évènement populaire haut en couleur, mélange de traditions et de coutumes assez formelles, meme si le mot « formel » au Brésil n'a pas vraiment de sens, puisqu'une fois encore tout se passe au rythme entrainant de la samba.
La samba à elle seule pourrait faire l'objet d'un long article passionné, d'une thèse ou d'un bouquin, tant ses pouvoirs vertueux se font sentir dans chaque recoin du pays. Que ce soit dans la rue ou les bars, à la plage ou à l'arrière des voitures, dans les stations essence et jusque chez le coiffeur, les corps blancs, noirs, gros, petits, vieux et les autres bougent et ondulent, et toutes les dentitions deviennent visibles, chaque note venant tirer automatiquement le coin des lèvres vers le haut.
Sans la contagion Samba, le Brésil ne serait certainement pas ce qu'il est.
Mon périple m'a ensuite mené du coté d'Ilha Grande (ile très jolie au large de Rio), puis à la gigantesque Sao Paulo, qui se trouve etre la plus grande ville du pays, et la 3ème plus grande du monde avec 20 millions d´habitants.
Le problème est que le Brésil sous la pluie, ce n'est plus vraiment le Brésil, d'où l'acaht d'un billet d'avion pour Salvador de Bahia.
A Bahia, il fait toujours beau. Berceau de la nation, elle est aussi l'ancienne capitale. Elle est la mère de la samba, de la capoeira, de Gilberto Gil, des célèbres tongs Havaianas, et j'en passe. Certains disent que si tu n'es pas allé à Bahia, tu n'es pas allé au Brésil !
J'ai donc passé une semaine à profiter des bienfaits de la ville, entre la plage, les soirées au Pelhourino, les multiples concerts et les quelques piéges à gringos.
C'est donc avec le plein de soleil, mais sans mon Opinel (oublié dans mon petit sac, repéré aux rayons X de l'aéroport, et jeté à la poubelle...) que je me suis rendu à Curitiba pour retrouver Luciano.
Si vous avez suivi Alatrace, vous le connaissez, c'est notre pote Brésilien rencontré à Lima. C'est avec lui et sa fiancée que s'est terminé mon séjour dans cette moitié de continent, après un we passé à Florianapolis qui comme Vitoria est une ile reliée à la terre par un pont. Ca ne pouvait donc pas mieux se terminer qu'avec un pote sur cette ile au charme fou.
Pour conclure, je dirais que le Brésil pourrait vraiment etre une destination parfaite, si les brésiliens ne parlaient pas portugais !!! Et oui, je n'ai pas réussi !
Du coup, c'est doublement content que je suis retourné à Buenos Aires en 26 heures de bus :
Premièrement, pour le plaisir de se remettre à comprendre ce que disent les gens et de parler espagnol ;
Et bien sur deuxièmement, pour les retrouvailles avec Claire (ma Didi) qui marqueront la fin de mon voyage en solitaire.
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